Le mot de l’invitée : qu’est-ce qu’un commun numérique ?

Un texte de Naphsica Papanicolaou, Wikimédia France.

Depuis quelques temps, le terme de « communs numériques » prend de plus en plus d’importance dans le débat public. Henri Verdier, Ambassadeur pour le numérique, voit par exemple les communs numériques comme les prémices d’une alternative aux grandes plateformes numériques, devenues trop imposantes dans notre vie quotidienne (voir cet article). Ils sont mis en avant aujourd’hui par une diversité d’acteurs pour tenter de répondre au problème d’un internet toujours plus monopolistique et privatisé.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Les communs sont des ressources partagées, gérées et maintenues collectivement par une communauté qui se donne des règles de gouvernance. Ils peuvent être naturels (une forêt), matériels (une maison) ou immatériels (une informations). Les « communs numériques » désignent les ressources numériques gérées comme des communs. Toutes ces ressources sont « non-rivales » : les partager avec A ne prive jamais B d’y accéder. Toutes, en revanches, ne sont pas libres, au sens qu’on donne usuellement à ce terme dans l’univers numérique : les « communs numériques libres » sont ceux partagés sous licence libre, comme les contenus des projets Wikimédia, les contenus des bases de données d’OpenStreetMap ou d’OpenFoodFacts.

Quand on parle de communs, la question de la gouvernance est aussi importante que celle de la ressource. Elinor Ostrom, politologue et économiste américaine, première femme a avoir reçu le prix Nobel d’économie avec Olivier Williamson « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs », a souligné que la préservation effective des communs par les communautés qui en ont la charge est liée à la mise en place de modes de gouvernance ouverte répondant à plusieurs critères.

Bien que largement utilisés et reconnus par une grande partie de l’écosytème numérique, les communs numériques sont, comme tous les communs, fragiles. Ils continuent de se développer car il y a plus de gens bien intentionnés que de personnes malveillantes. Mais cet équilibre peut se rompre. Comme l’eau, la nature ou l’air, Wikipédia est un commun fragile qui peut disparaître et dont il faut prendre soin collectivement.

Pour préserver et valoriser les communs numériques libres, Wikimédia France estime que chaque contributeur est important : c’est grâce à chacun d’entre eux que sera portée la vision qui accompagne ces projets et notamment leurs modèles de développement collaboratif. C’est le pari fou de Wikipédia : faire confiance aux gens en dotant les internautes d’un crayon afin qu’ils rédigent et qu’ils participent à la plus grande encyclopédie au monde. Pour protéger ces belles ressources issues de l’intelligence collective, sachez que l’on compte sur vous autant que vous comptez sur Wikipédia.