Introduction : la révolution de la science citoyenne
L’astronomie entre dans une ère nouvelle, marquée par une démocratisation sans précédent de la recherche scientifique. Au cœur de cette transformation se trouvent les télescopes intelligents comme le Seestar S50 de ZWO (PCMag, 2024; ZWO, s.d.). Ces instruments « tout-en-un » abaissent radicalement la barrière technique à l’entrée en intégrant des fonctionnalités autrefois réservées aux observatoires avancés, telles que le pointage automatique (GoTo), la mise au point motorisée et le suivi des astres (ZWO, s.d.; High Point Scientific, s.d.). Cette intégration transforme le rôle de l’astronome amateur, lui permettant de passer du statut d’observateur contemplatif à celui de participant actif à la recherche scientifique (Sky & Telescope, s.d.; Burger, s.d.). L’avènement de ces instruments standardisés ouvre des perspectives inédites pour des campagnes d’observation coordonnées. La généralisation d’un équipement identique (même optique, même capteur, même logiciel) à travers le monde permet d’agréger des données homogènes, transformant un réseau d’amateurs en un véritable observatoire distribué capable de produire des résultats d’une grande robustesse statistique (Cloudy Nights, 2024).
Il est toutefois essentiel de définir ce que signifie une « découverte scientifique » dans ce contexte. Si la détection d’un astéroïde ou d’une comète inconnue reste possible, la contribution la plus fréquente et la plus précieuse de l’amateur réside dans la collecte de données photométriques ou astrométriques de haute qualité (Sky & Telescope, s.d.). Ces mesures, une fois agrégées à celles de centaines d’autres observateurs via des plateformes comme l’American Association of Variable Star Observers (AAVSO), permettent aux astronomes professionnels de valider des modèles théoriques, de confirmer des événements transitoires ou de suivre des phénomènes sur des échelles de temps inaccessibles aux grands observatoires (AAVSO, s.d.; Burger, s.d.). La véritable découverte, pour l’amateur, est souvent la donnée elle-même, une contribution qui peut mener à une reconnaissance formelle dans des publications scientifiques (NASA, s.d.; Wikipedia, 2023).
Ce guide explore trois axes majeurs par lesquels un utilisateur du Seestar S50 peut contribuer de manière significative à l’astronomie, en fournissant des protocoles détaillés et des conseils pratiques pour chaque domaine :
- La photométrie d’étoiles variables, le champ le plus accessible et où la demande de données est constante.
- La détection de transits d’exoplanètes, un domaine de pointe où les amateurs jouent un rôle crucial dans l’optimisation des observations des télescopes spatiaux.
- L’astrométrie d’astéroïdes, le domaine le plus technique, mais qui a un impact direct sur notre compréhension et notre sécurité au sein du système solaire.
Partie 1 : Le Seestar S50 comme instrument scientifique : capacités et limites

Source : image Promoted « ZWO Seestar S50 All‑in‑One Smart Telescope » (Camera Concepts)
Pour réaliser des mesures scientifiques, il est impératif de comprendre les capacités et les contraintes de son instrument. Le Seestar S50, bien que conçu pour la simplicité, possède des caractéristiques techniques qui le rendent apte à la recherche, à condition d’adopter un flux de travail adapté.
Analyse des spécifications techniques
Le design du Seestar S50 est le résultat d’un compromis entre facilité d’utilisation, portabilité et performance. Ces choix de conception dictent une approche scientifique spécifique, différente des méthodes traditionnelles.
- Optique : Le télescope est un réfracteur apochromatique (APO) triplet de 50 mm d’ouverture pour une longueur focale de 250 mm, soit un rapport focal de f/5 (PCMag, 2024; ZWO, s.d.). L’utilisation d’une optique apochromatique est un atout majeur, car elle est conçue pour corriger les aberrations chromatiques, assurant que les différentes longueurs d’onde de la lumière convergent au même point. Il en résulte des images d’étoiles nettes et sans franges colorées, une condition indispensable pour des mesures photométriques et astrométriques précises (PCMag, 2024; ZWO, s.d.).
- Capteur : Le cœur du système est le capteur CMOS couleur Sony IMX462 (ZWO, s.d.; AstroBackyard, 2024). Il offre une résolution de 1920 x 1080 pixels (environ 2.1 mégapixels) avec des photosites de 2.9 µm (AstroBackyard, 2024; Player One Astronomy, s.d.). Ce capteur est réputé pour sa haute sensibilité en faible luminosité grâce à la technologie STARVIS de Sony et sa bonne réponse dans le proche infrarouge, ce qui est un avantage pour certains types d’observations (PCMag, 2024). Cependant, sa taille physique relativement petite contraint le champ de vision (Field of View – FOV) à seulement 0.73×1.29 degrés (PCMag, 2024). Ce champ étroit est bien adapté à l’étude de cibles ponctuelles comme les étoiles ou les petits amas, mais il ne permet pas de capturer en une seule fois de grands objets comme la galaxie d’Andromède ou la nébuleuse de la Rosette (PCMag, 2024; AstroBackyard, 2024).
- Monture : Le Seestar S50 utilise une monture alt-azimutale (PCMag, 2024; ZWO, s.d.). Ce type de monture est mécaniquement plus simple et plus intuitif qu’une monture équatoriale, car il ne nécessite pas de procédure d’alignement polaire (AAVSO, s.d.; AstroBackyard, 2024). Cependant, son mouvement sur deux axes (altitude et azimut) pour suivre la course des étoiles engendre un phénomène appelé rotation de champ : le champ de vision pivote autour du centre de l’image au cours de la nuit. C’est la principale limitation pour l’astrophotographie à longue pose. Néanmoins, le suivi est jugé adéquat pour les poses courtes de 10 à 30 secondes que permet le S50 (PCMag, 2024).
Le format FITS : la clé de la science
La capacité du Seestar S50 à enregistrer les images individuelles (sub-frames) au format FITS (Flexible Image Transport System) est la caractéristique la plus importante pour la science (PCMag, 2024; ZWO, s.d.). Contrairement aux formats compressés comme le JPEG, qui appliquent des courbes de tonalité non linéaires et perdent de l’information (StackExchange, 2020), le format FITS est la norme en astronomie. Il contient les données brutes et linéaires du capteur, c’est-à-dire une représentation directe du nombre de photons collectés par chaque pixel. De plus, il embarque des métadonnées cruciales dans son en-tête, telles que l’heure exacte de l’observation, le temps de pose, la température du capteur et les coordonnées célestes si une calibration astrométrique (plate solving) a été effectuée (PCMag, 2024). Toute analyse photométrique ou astrométrique rigoureuse doit impérativement être réalisée sur ces fichiers FITS.
Comprendre et contourner les limites
Le succès scientifique avec le Seestar S50 ne dépend pas tant de la performance brute de l’instrument que de la compréhension de ses compromis et de l’application d’un flux de travail rigoureux pour les contourner.
- Rotation de champ : Bien que problématique pour l’imagerie esthétique sur de longues durées totales, la rotation de champ n’est pas un obstacle pour la photométrie d’étoiles individuelles. Les logiciels d’analyse modernes comme Siril ou AstroImageJ sont capables d’aligner chaque image FITS de la séquence en utilisant les étoiles du champ comme références. Ce processus de « registration » corrige numériquement le décalage et la rotation, permettant de mesurer la luminosité d’une étoile donnée sur la même zone du capteur tout au long de la session (Siril, s.d.).
- Capteur couleur (One-Shot Color – OSC) : Un capteur couleur utilise une matrice de filtres (généralement une matrice de Bayer RGGB) pour capturer les informations de couleur en une seule prise. Pour la photométrie de haute précision, la norme est d’utiliser une caméra monochrome avec une roue à filtres contenant des filtres standards (Johnson-Cousins U, B, V, R, I) (AAVSO, 2022). Cependant, l’AAVSO a développé des protocoles spécifiques pour les données issues de capteurs OSC. La procédure consiste à séparer les canaux de couleur du fichier FITS et à les traiter indépendamment. Le canal vert (TG, pour Tri-color Green) est le plus souvent utilisé car sa réponse spectrale est la plus proche de celle du filtre V standard du système Johnson-Cousins (AAVSO, 2022). Les données du canal vert sont alors calibrées en utilisant les magnitudes V connues des étoiles de comparaison. Les canaux bleu (TB) et rouge (TR) peuvent également être utilisés et soumis (AAVSO, 2022; Cloudy Nights, 2025).
Le tableau suivant résume les spécifications techniques du Seestar S50 et leurs implications pour la recherche scientifique.
Tableau 1 : Spécifications techniques du Seestar S50 pertinentes pour la science
| Caractéristique | Spécification | Implication Scientifique | Sources |
| Type d’optique | Réfracteur apochromatique triplet | Réduction des aberrations chromatiques pour des étoiles plus nettes et des mesures plus précises. | (PCMag, 2024; ZWO, s.d.) |
| Ouverture | 50 mm | Capacité de collecte de lumière modeste, adaptée aux objets brillants (mag < 14). | (PCMag, 2024; ZWO, s.d.) |
| Longueur Focale | 250 mm (f/5) | Champ de vision étroit, idéal pour les cibles ponctuelles mais limitant pour les grands objets. | (ZWO, s.d.; AstroBackyard, 2024) |
| Capteur | Sony IMX462 (Couleur CMOS) | Haute sensibilité (STARVIS), mais nécessite de traiter les canaux de couleur séparément (utiliser le canal vert TG). | (ZWO, s.d.; PCMag, 2024; AstroBackyard, 2024) |
| Taille des pixels | 2.9 µm x 2.9 µm | Échelle d’image d’environ 2.39 arcsec/pixel, ce qui est un défi pour l’astrométrie de haute précision. | (AstroBackyard, 2024; Player One Astronomy, s.d.) |
| Résolution | 1920 x 1080 pixels | Résolution suffisante pour séparer des étoiles modérément proches. | (ZWO, s.d.; PCMag, 2024) |
| Format des images | FITS, JPG, MP4 | Le format FITS est essentiel et non négociable pour toute analyse scientifique quantitative. | (PCMag, 2024; ZWO, s.d.) |
| Monture | Alt-azimutale | Induit une rotation de champ qui doit être gérée par le logiciel d’analyse (alignement/registration). | (PCMag, 2024; ZWO, s.d.) |
| Filtres intégrés | Duo-band (Hα/OIII), Solaire | Conçus pour l’imagerie esthétique, ils ne doivent pas être utilisés pour la photométrie standard. | (ZWO, s.d.; AstroBackyard, 2024) |
Partie 2 : La photométrie d’étoiles variables – votre porte d’entrée dans la science

Source : photo d’un setup de photométrie (Cloudy Nights forum)
La photométrie, ou la mesure de la luminosité des étoiles, est le domaine le plus accessible et l’un des plus productifs pour l’astronome amateur. En suivant des étoiles dont l’éclat change au fil du temps, vous pouvez fournir des données cruciales pour la physique stellaire.
Introduction à la photométrie et à l’AAVSO
Une étoile variable est une étoile dont la luminosité, vue de la Terre, n’est pas constante (AAVSO, s.d.). Ces variations peuvent être dues à des pulsations intrinsèques (comme les Céphéides ou les étoiles de type Mira), à des éruptions (variables cataclysmiques comme SS Cygni), ou à des phénomènes extrinsèques comme une éclipse par un compagnon stellaire ou une planète (Astronomical League, s.d.). L’étude de ces variations fournit des informations fondamentales sur la masse, le rayon, la température et l’évolution des étoiles (AAVSO, s.d.).
Depuis 1911, l’American Association of Variable Star Observers (AAVSO) est l’organisation internationale qui coordonne, collecte, analyse et archive les observations d’étoiles variables, principalement effectuées par des astronomes amateurs (Wikipedia, 2023). Sa base de données, qui contient des dizaines de millions d’observations, est une ressource inestimable pour la communauté scientifique professionnelle, qui ne dispose pas des ressources nécessaires pour surveiller des milliers d’étoiles en continu (Sky & Telescope, s.d.; Wikipedia, 2023). Contribuer à l’AAVSO, c’est participer directement à un projet scientifique centenaire.
Guide pratique 1 : planifier votre session avec l’AAVSO Target Tool
Avant même d’installer le télescope, la première étape est de choisir une cible pertinente. L’AAVSO Target Tool est un outil en ligne conçu précisément pour cela.
- Créez un compte et configurez votre profil : Rendez-vous sur le site de l’AAVSO Target Tool et créez un compte. Il est crucial de renseigner précisément votre localisation (latitude et longitude, par exemple pour Laval, Québec) et vos contraintes d’observation, comme l’altitude minimale des objets au-dessus de l’horizon (AAVSO, s.d.).
- Filtrez les cibles : Une fois connecté, l’outil vous permet de filtrer une vaste liste d’étoiles pour n’afficher que celles qui sont observables « ce soir » depuis votre emplacement (AAVSO, s.d.).
- Choisissez votre cible : L’outil fournit des informations clés pour chaque étoile (AAVSO, s.d.) :
- Magnitude min/max : La plage de luminosité de l’étoile. Pour débuter avec le S50, choisissez une étoile qui reste plus brillante que la magnitude 13 ou 14 à son minimum.
- Amplitude : La différence entre la magnitude maximale et minimale. Choisissez une étoile avec une amplitude d’au moins 0.1 magnitude pour que la variation soit facilement mesurable (Cloudy Nights, 2025).
- Observing cadence : Indique la fréquence à laquelle des observations sont souhaitées (par exemple, tous les 1, 10 ou 30 jours).
- Drapeaux de couleur : Un code couleur (rouge, orange, vert) indique l’urgence des observations. Une étoile avec un drapeau rouge est une cible prioritaire pour la communauté (AAVSO, s.d.).
Guide pratique 2 : configurer le Seestar S50 pour une acquisition photométrique
Une fois la cible choisie, la configuration du télescope est simple mais doit être rigoureuse.
- Mode : Utilisez le mode « Stargazing » (AstroBackyard, 2024).
- Sauvegarde des données : C’est le paramètre le plus important. Dans les réglages de la session, activez l’option pour sauvegarder les images individuelles (« Save individual frames » ou « Save all subs »). Le fichier final empilé automatiquement par le télescope est inutile pour une analyse scientifique (Cloudy Nights, 2024; PCMag, 2024).
- Format de fichier : Assurez-vous que le format de sauvegarde est FITS (PCMag, 2024; ZWO, s.d.).
- Temps de pose : Utilisez des poses courtes de 10 ou 20 secondes. Cela permet d’obtenir un bon signal sur des étoiles de magnitude modérée sans saturer les plus brillantes et minimise les erreurs de suivi de la monture (PCMag, 2024; Cloudy Nights, 2025).
- Filtres : N’utilisez aucun filtre. Le filtre duo-band intégré est conçu pour l’imagerie des nébuleuses et altérerait complètement les mesures de luminosité (AstroBackyard, 2024). L’observation doit se faire en lumière visible (large bande).
- Calibration : Le Seestar S50 gère automatiquement la prise d’une image de calibration « dark » pour soustraire le bruit thermique du capteur (Cloudy Nights, 2025). Le système optique étant scellé, les poussières sur le capteur sont rares, rendant les « flats » (images de correction de l’uniformité du champ) moins critiques que sur un système traditionnel. Pour débuter, on peut se fier aux calibrations automatiques, mais la prise de « sky flats » au crépuscule reste une bonne pratique pour améliorer la précision (Cloudy Nights, 2025; photographingspace.com, s.d.).
Tutoriel détaillé : flux de travail pour l’analyse photométrique avec Siril
Le véritable travail scientifique commence après l’acquisition, sur l’ordinateur. Le passage de « belles images » à des « données exploitables » dépend entièrement de la rigueur du post-traitement. Siril est un logiciel gratuit, puissant et multiplateforme, particulièrement bien adapté à cette tâche (AstroBackyard, 2024). Il dispose même d’un tutoriel dédié au traitement des images du Seestar S50 (Siril, s.d.).
- Préparation : Transférez tous les fichiers FITS de votre session depuis le Seestar vers votre ordinateur. Dans Siril, définissez un répertoire de travail et créez-y les sous-dossiers lights, darks, biases, flats. Placez tous vos fichiers FITS d’observation dans le dossier lights (Siril, s.d.).
- Chargement de la séquence : Dans Siril, utilisez la fonction de conversion pour créer un fichier de séquence (.seq) à partir de vos images FITS.
- Alignement (Registration) : C’est une étape cruciale. Utilisez la fonction d’alignement stellaire global. Siril va analyser chaque image, identifier les étoiles et calculer la translation et la rotation nécessaires pour les superposer parfaitement. Cela corrige à la fois la dérive de la monture et la rotation de champ (Siril, s.d.).
- Analyse et tri de la séquence : Allez dans l’onglet « Graphiques » de Siril. Affichez les graphiques de FWHM (largeur à mi-hauteur des étoiles, un indicateur de la qualité de la mise au point et de la turbulence) et de rondeur des étoiles. Parcourez la séquence et désélectionnez les images de mauvaise qualité (passage de nuages, pic de turbulence, etc.) qui pourraient fausser les mesures (Siril, s.d.).
- Photométrie différentielle :
- Activez le mode « Photométrie » via le bouton dédié (Siril, s.d.).
- Identifiez votre étoile variable (T) sur l’image. Utilisez les cartes de l’AAVSO (générées via le « Variable Star Plotter ») pour vous repérer. Une fois trouvée, faites un clic droit dessus pour la définir comme cible.
- Identifiez plusieurs étoiles de comparaison (C1, C2, C3…). Celles-ci doivent être des étoiles non variables, situées dans le même champ de vision. Choisissez-les de préférence avec une luminosité et une couleur similaires à votre étoile variable. Sélectionnez-les en maintenant la touche Ctrl enfoncée et en cliquant dessus (Siril, s.d.). Le principe de la photométrie différentielle est de mesurer la luminosité de la variable par rapport à la luminosité moyenne (ensemble) de ces étoiles de référence. Cela permet d’annuler les variations de transparence de l’atmosphère, qui affectent toutes les étoiles de la même manière.
- Une fois les étoiles sélectionnées, Siril effectue les calculs de photométrie sur toute la séquence.
- Génération de la courbe de lumière : Retournez à l’onglet « Graphiques ». Le bouton « Courbe de lumière » est maintenant actif. Cliquez dessus pour afficher le graphique de la magnitude de votre étoile variable en fonction du temps (exprimé en Date Julienne). C’est le résultat final de votre analyse : une visualisation directe de la variation de l’étoile (Siril, s.d.).
- Exportation des données : Siril sauvegarde automatiquement les résultats de la photométrie dans un fichier de données au format .csv dans le répertoire de travail. Ce fichier contient toutes les informations nécessaires pour la soumission à l’AAVSO (Siril, s.d.).
Guide pratique 3 : soumettre vos données à l’AAVSO
La dernière étape consiste à formater et à soumettre vos mesures pour qu’elles intègrent la base de données internationale.
- Obtenez un code d’observateur : Si ce n’est pas déjà fait, demandez un code d’observateur sur le site de l’AAVSO. C’est gratuit et indispensable pour toute soumission (Astronomical League, s.d.; AAVSO, s.d.).
- Préparez le fichier de soumission : L’AAVSO utilise un format texte standardisé appelé « AAVSO Extended File Format » (AAVSO, 2022). Il s’agit d’un fichier texte simple (.txt) avec des données séparées par un délimiteur (virgule, point-virgule…). Le fichier doit contenir un en-tête spécifiant votre code d’observateur, le logiciel utilisé, etc., suivi des lignes de données. Les informations exportées par Siril peuvent être facilement adaptées à ce format.
- Remplissez les champs clés avec soin (AAVSO, 2022) :
- STARID : L’identifiant AAVSO de l’étoile.
- DATE : La Date Julienne (JD) du milieu de chaque observation.
- MAGNITUDE : La magnitude mesurée pour la variable.
- MAGERR : L’incertitude sur la mesure de magnitude, calculée par le logiciel.
- FILTER : Point crucial. Pour une observation avec le Seestar S50, ce champ doit être TG (Tri-color Green) si vous avez utilisé le canal vert pour l’analyse et les magnitudes V pour la calibration.
- TRANS : Ce champ doit être « NO ». Cela indique que les magnitudes ne sont pas transformées vers un système photométrique standard, ce qui est la procédure correcte pour ce type d’équipement.
- CNAME : ENSEMBLE, si vous avez utilisé plusieurs étoiles de comparaison, ce qui est fortement recommandé.
- CHART : L’identifiant de la carte de séquence AAVSO que vous avez utilisée pour identifier les étoiles de comparaison.
- Soumettez vos données : Utilisez l’outil en ligne « WebObs » (accessible via la section « Submit Photometric Observations ») sur le site de l’AAVSO pour téléverser votre fichier texte (AAVSO, s.d.; Cloudy Nights, 2025).
Partie 3 : À la chasse aux exoplanètes – participer à la recherche de nouveaux mondes

Source : dessin expliquant le transit (BBC Sky at Night)
Au-delà des étoiles variables, le Seestar S50 ouvre la porte à l’un des domaines les plus passionnants de l’astronomie moderne : l’étude des exoplanètes. Votre contribution peut aider directement les missions spatiales les plus avancées.
La méthode du transit et le programme NASA Exoplanet Watch
La méthode la plus prolifique pour détecter des planètes autour d’autres étoiles est la méthode du transit. Si l’orbite d’une planète est alignée avec notre ligne de visée, elle passera périodiquement devant son étoile, provoquant une minuscule et brève baisse de la luminosité de celle-ci, tel un « micro-éclipse » (NASA, s.d.; Exoplanet Archive, s.d.; Minor Planet Center, s.d.). En mesurant cette baisse de luminosité (la « courbe de transit »), les astronomes peuvent déterminer la taille de la planète et sa période orbitale.
Le programme NASA Exoplanet Watch est un projet de science citoyenne spécifiquement conçu pour que les amateurs, même avec des télescopes modestes, puissent participer à cette recherche (NASA, s.d.). L’objectif n’est pas tant de découvrir de nouvelles planètes que de confirmer et raffiner les éphémérides (le calendrier précis des transits) des planètes déjà découvertes, notamment par des missions comme TESS (NASA, s.d.). Les grands télescopes comme le James Webb Space Telescope (JWST) ont des emplois du temps extrêmement chargés. Manquer un transit parce que son heure de passage était incertaine représente une perte de temps et de ressources considérable (NASA, s.d.). En fournissant des mesures précises du moment du transit, les amateurs agissent comme des « gardiens du temps », permettant à ces observatoires de plusieurs milliards de dollars de pointer au bon endroit, au bon moment, avec une précision accrue (NASA, s.d.).
Guide pratique 4 : trouver un transit observable depuis votre localisation
Comme pour les étoiles variables, la première étape est de trouver une cible. L’outil de référence, recommandé par la NASA, est le « Transit Finder » développé par l’Université de Swarthmore (Swarthmore College, s.d.; Exoplanet Transit Database, 2025).
- Accédez à l’outil en ligne via le site de Swarthmore ou celui de NASA Exoplanet Watch.
- Entrez votre localisation : Sélectionnez « Enter specific latitude/longitude/timezone » et entrez les coordonnées de votre site d’observation (par exemple, Laval, Québec) (Swarthmore College, s.d.).
- Définissez la fenêtre de dates pour laquelle vous souhaitez obtenir des prédictions.
- Appliquez des filtres pertinents pour le Seestar S50 :
- V magnitude : Filtrez pour des étoiles hôtes plus brillantes que la magnitude 12 pour garantir un bon signal.
- Depth (profondeur du transit) : Filtrez pour des transits d’une profondeur d’au moins 5 ou 10 ppt (parts per thousand), ce qui correspond à une baisse de luminosité de 0.005 ou 0.010 magnitude. Les transits très peu profonds sont extrêmement difficiles à détecter avec un petit instrument (Cloudy Nights, 2025; NASA, s.d.).
- Elevation : Exigez une altitude minimale de 30 degrés pour la cible afin de minimiser les effets de la turbulence atmosphérique.
- Lancez la recherche et analysez la liste des transits observables, qui indiquera l’heure de début, de milieu et de fin du transit, ainsi que sa durée.
Tutoriel détaillé : introduction à l’analyse de transits avec AstroImageJ (AIJ)
Pour l’analyse des transits, le logiciel de référence dans la communauté amateur est AstroImageJ (AIJ), un outil gratuit et puissant développé avec le soutien de la NASA (AstroImageJ, s.d.; Lee, 2018). Son interface peut paraître austère, mais ses capacités d’analyse sont immenses. Pour les débutants, le programme NASA Exoplanet Watch propose également un outil en ligne plus simple appelé EXOTIC, qui automatise une grande partie du processus (NASA, s.d.). Voici les étapes fondamentales de l’analyse avec AIJ :
- Calibration des images : Comme pour toute analyse photométrique, la première étape consiste à calibrer vos images FITS brutes en appliquant des images « bias », « dark » et « flat ». AIJ dispose d’un module intégré, le « CCD Data Processor », pour cette tâche (Perlbarg, 2021; Lee, 2018).
- Chargement de la séquence : Importez votre série d’images FITS calibrées dans AIJ pour créer une « pile » (stack) virtuelle (AstroImageJ, s.d.).
- Calibration Astrométrique (Plate Solving) : Utilisez la fonction de « plate solving » d’AIJ pour que le logiciel identifie les étoiles dans le champ et attribue des coordonnées célestes précises à chaque pixel de vos images. C’est une étape indispensable (Perlbarg, 2021).
- Photométrie différentielle multi-ouvertures :
- Dans AIJ, ouvrez le panneau de photométrie et définissez les rayons des ouvertures de mesure (une ouverture centrale pour l’étoile, et un anneau autour pour mesurer le fond de ciel) (Exoplanet Archive, s.d.; Perlbarg, 2021).
- Placez des ouvertures sur votre étoile cible (T1) et sur plusieurs étoiles de comparaison stables et non variables dans le même champ (C2, C3, etc.).
- Lancez l’analyse. AIJ va mesurer précisément la luminosité de chaque étoile sélectionnée dans chaque image de votre séquence.
- Génération et ajustement de la courbe de transit :
- Ouvrez la table de mesures générée par AIJ et la fenêtre de tracé (« Multi-plot Main ») (Perlbarg, 2021).
- Tracez le flux relatif de la cible (rel_flux_T1) en fonction du temps (généralement en BJD_TDB, une échelle de temps standardisée en astronomie).
- Le graphique obtenu est votre courbe de lumière brute. AIJ propose ensuite des outils pour l’ajuster avec un modèle de transit, ce qui permet de déterminer précisément le moment du milieu du transit, sa durée et sa profondeur.
Contribuer et obtenir une reconnaissance
Une fois votre courbe de lumière finalisée, les données peuvent être soumises à la base de données des exoplanètes de l’AAVSO (NASA, s.d.; AAVSO, s.d.). En participant via le portail NASA Exoplanet Watch, vos résultats sont directement intégrés à leur pipeline. Si vos données sont utilisées dans une publication scientifique pour affiner une orbite ou confirmer une planète, vous serez crédité, souvent en tant que co-auteur de l’article (NASA, s.d.; Wikipedia, 2023). C’est une voie directe et tangible vers une contribution scientifique reconnue au niveau international.
Partie 4 : L’astrométrie d’astéroïdes – devenir un gardien du système solaire

Source : photo d’un setup amateur d’astrométrie (Cloudy Nights forum
Le troisième domaine de recherche, et le plus exigeant pour le Seestar S50, est l’astrométrie : la mesure de la position précise des objets célestes. C’est un travail fondamental pour cartographier notre système solaire et surveiller les objets potentiellement dangereux.
Le défi de la précision et le Minor Planet Center (MPC)
L’astrométrie vise à déterminer les coordonnées équatoriales (Ascension Droite et Déclinaison) d’un objet avec la plus grande exactitude possible (Sky & Telescope, s.d.). Toutes les observations d’astéroïdes et de comètes sont centralisées par le Minor Planet Center (MPC), un organisme officiel sous l’égide de l’Union Astronomique Internationale, qui calcule et publie les orbites (Minor Planet Center, s.d.).
Pour le Seestar S50, le principal défi technique est son échelle d’image (image scale). Avec une longueur focale de 250 mm et des pixels de 2.9 µm, chaque pixel couvre une portion du ciel d’environ 2.39 secondes d’arc (calculé par la formule 206.265×(taille du pixel en µm)/(focale en mm)). C’est une résolution relativement faible pour l’astrométrie de haute précision, où une erreur d’un seul pixel dans la localisation du centre de l’astéroïde se traduit par une erreur de position significative.
Cependant, ce défi n’est pas insurmontable. Les logiciels modernes utilisent des algorithmes de « centroïde » pour déterminer le centre d’une étoile avec une précision bien inférieure à la taille d’un pixel (sub-pixel). La preuve de la faisabilité a été apportée par des amateurs : au moins un utilisateur du forum Cloudy Nights a rapporté avoir obtenu un code d’observatoire officiel du MPC en utilisant un Seestar S50 pour des mesures astrométriques sur des astéroïdes de magnitude inférieure à 14 (Cloudy Nights, 2024). C’est donc un projet ambitieux, mais réalisable, qui dépendra fortement de la qualité du ciel de l’observateur et de sa maîtrise du logiciel d’analyse. Ce domaine est probablement peu viable depuis un site très pollué, où le bruit du fond de ciel dégraderait trop la forme des étoiles pour permettre un calcul de centroïde précis.
Tutoriel détaillé : introduction à la mesure de position avec Astrometrica
Le logiciel de facto pour l’astrométrie amateur est Astrometrica. Il est spécifiquement conçu pour cette tâche et pour générer des rapports au format MPC (IASC, 2025).
- Configuration : Installez le logiciel et configurez-le avec les paramètres de votre instrument (focale, taille des pixels) et les catalogues d’étoiles de référence (qui serviront à calibrer le champ).
- Chargement et calibration WCS (Plate Solving) : Chargez votre séquence d’images FITS. La première étape, et la plus critique, est la calibration astrométrique. Astrometrica va analyser les images, reconnaître les motifs d’étoiles en les comparant à ses catalogues, et en déduire une solution WCS (World Coordinate System) précise pour chaque image. Le service en ligne Astrometry.net peut également réaliser cette tâche (Astrometry.net, s.d.).
- Identification de l’astéroïde : L’astéroïde se trahira par son mouvement par rapport aux étoiles fixes d’une image à l’autre. Astrometrica dispose d’une fonction de « clignotement » (blinking) qui fait défiler rapidement les images, rendant le mouvement de l’objet mobile évident.
- Mesure : Une fois l’objet repéré, vous le mesurez en cliquant dessus dans chaque image. Le logiciel, grâce à sa calibration WCS, calcule instantanément sa position (Ascension Droite et Déclinaison) et sa magnitude.
- Génération du rapport : Après avoir mesuré l’objet sur plusieurs images, Astrometrica peut générer un rapport de mesure formaté pour le MPC.
Soumettre des mesures au MPC
- Obtenir un code d’observatoire : Avant de pouvoir soumettre des données, vous devez demander un code d’observatoire au MPC. C’est une démarche formelle qui atteste de votre capacité à fournir des données fiables.
- Le format ADES : Le MPC utilise désormais un format de soumission moderne appelé ADES (Astrometry Data Exchange Standard), qui remplace l’ancien format texte à 80 colonnes. Astrometrica est capable de générer des rapports dans ce format (Minor Planet Center, s.d.).
- Procédure de soumission : Les rapports sont ensuite envoyés au MPC par courrier électronique ou via un portail de soumission en ligne (Minor Planet Center, s.d.).
Partie 5 : L’union fait la force – intégrer la communauté astronomique
Se lancer dans la science citoyenne peut être intimidant. Les logiciels sont complexes, les protocoles sont stricts et les sources d’erreur sont nombreuses. L’isolement est le plus grand risque pour l’astronome amateur qui débute. La solution la plus efficace est de rejoindre la communauté astronomique locale. Un club n’est pas seulement une ressource de soutien ; c’est un multiplicateur de force qui peut directement compenser les limitations de l’instrument et de l’utilisateur.
Les avantages de rejoindre un club
Rejoindre un club d’astronomie amateur offre des avantages concrets et stratégiques pour le scientifique citoyen (AAVSO, s.d.; Club des astronomes amateurs de Laval, s.d.) :
- Partage de connaissances : Un mentor expérimenté peut expliquer en une soirée un concept qui aurait demandé des heures de recherche solitaire sur des forums. Les ateliers pratiques sur les logiciels comme Siril ou AIJ sont inestimables.
- Accès à des sites d’observation de qualité : La principale limitation du Seestar S50 est sa petite ouverture, qui le rend sensible à la pollution lumineuse. Les clubs organisent souvent des sorties ou disposent de sites d’observation permanents en campagne, sous un ciel plus sombre. Un ciel de meilleure qualité se traduit directement par un meilleur rapport signal/bruit et donc par des données scientifiques plus précises (Cloudy Nights, 2024; AAVSO, s.d.).
- Projets collaboratifs : Comme l’ont imaginé des utilisateurs sur les forums, plusieurs membres d’un club équipés de Seestar peuvent observer la même cible simultanément (Cloudy Nights, 2024). En combinant leurs données, ils peuvent augmenter considérablement le temps de pose total, améliorer la qualité de l’image finale et assurer une couverture temporelle continue d’un phénomène, ce qui est crucial pour l’étude des étoiles variables à longue période ou pour ne rater aucun transit d’exoplanète.
Ressources au Québec
Pour les résidents du Québec, l’écosystème astronomique est bien structuré.
- La Fédération des astronomes amateurs du Québec (FAAQ) : C’est l’organisme provincial qui regroupe les clubs et les astronomes individuels. Elle sert de point central pour l’information, les événements et le soutien à la pratique de l’astronomie (FAAQ, s.d.; Explore Scientific, s.d.; Laval Tourisme, s.d.).
- Exemple concret : Le Club des astronomes amateurs de Laval : Ce club illustre parfaitement les avantages de l’adhésion. Il propose des rencontres hebdomadaires, des conférences, et surtout des ateliers de formation, y compris sur l’astrophotographie, qui peuvent être adaptés aux techniques de la science citoyenne (Club des astronomes amateurs de Laval, s.d.). De plus, le club gère l’Observatoire Jean-Marc-Richard, qui, bien qu’situé en milieu urbain, offre un lieu de rencontre, d’apprentissage et d’animation (Club des astronomes amateurs de Laval, s.d.; Sky & Telescope, s.d.).
En somme, l’adhésion à un club local devrait être considérée non pas comme une simple activité sociale, mais comme une étape stratégique et un investissement essentiel dans sa démarche de scientifique citoyen.
Conclusion : de l’amateur à l’auteur scientifique
Le télescope intelligent Seestar S50, malgré ses dimensions modestes, est un instrument scientifique capable. Il met à la portée de l’amateur la possibilité de contribuer de manière significative à la connaissance astronomique. Le succès ne réside pas dans la complexité de l’équipement, mais dans la rigueur méthodologique appliquée au traitement des données et dans la compréhension des sources d’erreur. La compétence la plus importante à développer n’est pas la manipulation du télescope, qui est largement automatisée, mais la maîtrise du flux de travail scientifique sur ordinateur.
Les trois voies de recherche présentées – photométrie d’étoiles variables, suivi de transits d’exoplanètes et astrométrie d’astéroïdes – offrent des parcours de difficulté croissante, permettant à chacun de progresser à son rythme. La science citoyenne est un marathon, pas un sprint ; les résultats les plus précieux proviennent de l’accumulation patiente de données sur le long terme (Wikipedia, 2023). Enfin, la collaboration, que ce soit au sein d’un club local ou via les plateformes internationales comme l’AAVSO et la NASA, est la clé qui transforme des observations individuelles en découvertes collectives (Sky & Telescope, s.d.). En suivant les protocoles décrits dans ce guide, l’utilisateur d’un Seestar S50 peut légitimement aspirer à passer du statut d’amateur passionné à celui de contributeur reconnu, et peut-être même, de co-auteur d’une publication scientifique.
Le tableau suivant offre une comparaison synthétique des trois projets de science citoyenne, servant de feuille de route pour aider l’observateur à choisir son parcours.
Tableau 2 : Comparaison des projets de science citoyenne pour le Seestar S50
| Domaine de Recherche | Objectif Principal | Organisme Principal | Difficulté (avec un S50) | Logiciel Clé | Impact de la Pollution Lumineuse | Potentiel de Contribution |
| Photométrie d’Étoiles Variables | Construire des courbes de lumière sur le long terme. | AAVSO | Faible à Moyenne | Siril | Moyen | Détection de changements de période/amplitude ; données pour modèles stellaires. |
| Transits d’Exoplanètes | Préciser les éphémérides des transits pour les grands télescopes. | NASA Exoplanet Watch / AAVSO | Moyenne | AstroImageJ / EXOTIC | Moyen à Élevé | Co-crédit sur des publications scientifiques de la NASA ; confirmation de candidats. |
| Astrométrie d’Astéroïdes | Calculer des positions orbitales précises. | Minor Planet Center (MPC) | Élevée | Astrometrica | Très Élevé | Obtention d’un code d’observatoire MPC ; suivi de géocroiseurs ; découverte potentielle. |
Bibliographie
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